“Fleurs” – Exposition miniature ACP n°2

1

« FLEURS » (2020/2021) constitue le deuxième projet de Cartes Postales élaboré et mis en place par Barbara Henri. Une centaine de cartes postales vierges et identiques trouvées sur un vide grenier de Rouen ont été distribuées par voie postale à une vingtaine d’artistes qui les ont retravaillées comme ils le voulaient. Cette deuxième édition a été mise en place pendant le deuxième confinement lié à la situation sanitaire de 2020. Elles sont aujourd'hui réunies en une exposition miniature et une exposition virtuelle collective visible sur : https://amicaledescartespostales.tumblr.com/

4
9
14
12

je suis gentille

je suis gentille 1
je suis gentille 2
je suis gentille 3

Extrait daté du 5 novembre 2020 de mon propre journal intime :

" En Octobre 2020, j'ai trouvé un journal intime d'une enfant dans les années 2000. À l'intérieur elle raconte deux/trois trucs mais surtout à la fin il y'a 9 pages entières de "je suis gentille". 145 "je suis gentille". Impressionnant. Au milieu de pleins de pages vierges il y'a "Je vais maitre caite p*** à l'autital".

Ça m'a interpellé. Est ce que c'est pour se pardonner à elle même de sa violence qu'elle s'est infligée cette "punition" ? Ou est ce qu'elle essayait de se convaincre elle même qu'elle est gentille ? Pas de se convaincre. Plutôt de se rassurer. De se le dire pour pouvoir y croire (la définition de se rassurer --'). C'est violent.

J'ai décidé de l'éditer car ça m'a bouleversé et j'ai trouvé intéressante cette tranche de vie très brute et personnelle. Très représentative aussi de l'enfance et de l'injonction à être quelqu'un de bien que l'on se traine tout au long de notre vie. Qui nous fait douter de nous, souvent. La pression de ne pas avoir le droit d'avoir des émotions "négatives" : être en colère, crier, critiquer, pleurer, ne pas aimer. Fatiguant. La répression de ces émotions me semblent conduire à des bails compliqués pour s'accepter.

J'arrête ma pensée ici. Par flemme. Et aussi peut-être parce que j'ai peur de raconter n'importe quoi. Et je dois encore développer ce que j'ai fait après.

J'ai monté l'édition et j'ai fait des couvertures peintes à la main "je suis gentille". Hier j'ai fait un dessin assez violent que je ne pourrais pas publier. Par honte de diverses choses, mais notamment de la violence dont j'ai fait preuve. Moi qui tient un bras, les yeux vides qui pleurent du sang, debout, au milieu du salon de "mon crush". Ce dernier gisant à mes pieds. Ça ressemblait drôlement à la violence de la phrase de l'hôpital de l'anonyme du journal. Donc j'ai fait comme elle. Sur des feuilles A5, j'ai écrit 145 "je suis gentille". Ça fait un bon petit tas de feuillets.

Demain je les collerais sur un mur et je ferais une photo de mon mur avec mon dessin devant. Je viens de penser que ça serait trop top que je fasse ça sur un mur dehors. Mais je ne suis pas courageuse. J'ai peur de la police.

Une loi est en discussion pour faire que filmer et diffuser des images de la police devienne un délit. J'ai peur. "

+ j’aurai adoré caler « sois gentil » de Chantal Goya sur cette vidéo. MAIS, j’ai peur de la police donc je prends AUCUN RISQUE à utiliser un morceau sans en avoir les droits. TOO BAD.